Mon père adorait la pêche, en rivière, en mer, dans les lacs. Quand j’étais enfant, et que nous étions en vacances, il y consacrait une partie de la matinée (il se levait parfois très tôt) puis revenait pour faire les courses avec nous. L’après-midi, il nous déposait à la plage et repartait, avant de nous rejoindre vers 17h00 histoire de jouer un peu avec nous dans l’eau. Le reste de l’année, il y allait parfois le dimanche, Maman brodait ou lisait à l’ombre, et nous jouions tranquillement près d’eux, ou bien le lundi, qui était son jour de congé.

Je me souviens de tout son attirail, la boîte aux multiples espaces rangements, pleine d’accessoires auxquels je ne comprenais rien, les cannes, des grandes, des petites, des moulinets… et puis les petites boîtes de vers de terre ou d’asticots qu’il mettait dans le bas du réfrigérateur ! Beurk.

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Moi, je n’aimais pas ça, la pêche. Premièrement, parce que je n’aimais pas le poisson et qu’il fallait manger le produit de ses efforts. Deuxièmement parce que je ne comprenais pas qu’on puisse faire du mal à des animaux (ce qui était un peu stupide, vu qu’à cet âge-là, cela ne me dérangeait pas de manger de l’agneau…). Troisièmement ça sentait mauvais ! Ses affaires de pêche étaient constamment imprégnées de cette odeur douceâtre d’eau un peu croupie. L’eau des rivières et des étangs. Aujourd’hui encore, je n’apprécie pas beaucoup. A la mer, lorsqu’il s’installait sur les jetées des ports, c’était autre chose, ça fleurait la sardine… fraîche, frite ou pourrissant sur un vieux quai. Pouah ! J’aimais mieux quand il partait dans les rochers et qu’il rentrait, fouetté par les embruns !

Quand on était en vacances en Bretagne (le plus souvent), où le temps – je ne vous apprends rien – n’est pas franchement chaud, il mettait toujours un gros pull que ma mère lui avait tricoté. Je l’ai toujours connu ce pull, en laine épaisse et moelleuse à la fois, d’un vert kaki assez clair. Au fil des années, il était devenu un peu passé, un peu effiloché, un peu distendu.

Je le détestais, ce pull, car il sentait « la pêche » ! Même après que ma mère l’ait lavé, il gardait ce « fumet » caractéristique.
Qu’est-ce qu’il l’a aimé, et porté, ce pull ! Jusque pendant sa retraite, au début.

Après il a abandonné la pêche, parce qu'il était malade...

J’ai retrouvé le vieux chandail au fond d’une armoire quand j’ai vidé l’appartement. J’ai souri. Et puis je l’ai jeté.

Illustration : film Et au milieu coule une rivière