Article de LePoint.fr - Août 2018

Selon des chercheurs américains, la croissance d'insectes nuisibles pour l'agriculture reste une conséquence souvent oubliée du réchauffement climatique. 

Lorsqu'est évoqué le réchauffement de la planète, nombreux sont ceux qui pensent tout de suite aux étés de plus en plus caniculaires et à la difficulté croissante de rester au frais. L'augmentation des températures est une des conséquences inévitables du changement climatique, mais selon des chercheurs de l'Université de l'État de Washington, d' autres conséquences existent, qui sont trop souvent oubliées alors qu'elles sont loin d'être négligeables. Ainsi, la hausse des températures devrait stimuler la croissance des insectes... et donc des nuisibles qui dévorent les cultures comme le maïs, le riz et le blé.

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Dans une étude parue jeudi dans la revue Science, les chercheurs américains concluent que la production agricole mondiale verrait son rendement réduit, car une caractéristique physiologique universelle des insectes est qu'ils mangent plus quand il fait plus chaud. En outre, dans les régions tempérées, la hausse des températures va également faire se reproduire plus vite les insectes, les deux effets se cumulant. « Il y aura plus d'insectes, et ils mangeront plus », dit en résumé à l' Agence France-Presse Curtis Deutsch, l'un des auteurs de l'étude, professeur d'océanographie à l'Université de Washington.

La France, l'Europe et les États-Unis, grands producteurs de céréales, seront plus touchés que les pays des régions tropicales, comme le Brésil ou le Vietnam, où les insectes profitent déjà au maximum des conditions météorologiques, poursuit-il. Évaluer la perte agricole supplémentaire est un exercice difficile auquel les chercheurs se sont néanmoins livrés, en simulant l'impact d'une hausse de température de deux degrés Celsius sur le métabolisme des insectes et en calculant l'appétit supplémentaire ainsi engendré.

Cela ne prend pas en compte une utilisation supplémentaire de pesticides ou d'autres changements pour prévenir ces ravages. Pour la France, ils estiment que la perte actuelle due aux insectes représente 6,6 % de la production pour le maïs, et que cette perte passerait à l'avenir à l'équivalent de 9,4 %. États-Unis, France et Chine subiraient les plus fortes pertes. Une espèce invasive devrait particulièrement en profiter : le puceron russe du blé. Ce puceron vert d'un ou deux millimètres a colonisé les États-Unis dans les années 1980 et s'attaque au blé et à l'orge.

L'insecte est particulier : on ne trouve que des femelles. « Ces insectes naissent déjà enceintes de leurs filles, chacune étant déjà enceinte de petites-filles », explique à l'Agence France-Presse Scott Merrill, expert des insectes à l'Université du Vermont. Chaque femelle peut donner naissance à huit filles par jour... à multiplier par huit pour le nombre de petites-filles... « Je vous laisse imaginer à quel rythme la population de ces pucerons peut exploser », dit-il.

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« Un ou deux pucerons peuvent donner naissance à des milliards si les conditions sont idéales, poursuit-il. C'est dingue. » Jusqu'à présent, c'est principalement l'effet du réchauffement climatique sur le développement des plantes qui avait été étudié. Curtis Deutsch espère que ces travaux inciteront plus de scientifiques à s'intéresser à l'effet sur les insectes dans des régions particulières.