Ca faisait très très longtemps qu'on voulait aller en Irlande, mais on avait un peu peur du temps. On s'est enfin décidés ! Sur place, je l'avoue on a été un peu déçus... Tout simplement parce que, question paysages, ça ressemble énormément à notre Bretagne, y compris culturellement. Et les boutiques de tourisme vendent les mêmes trucs celtes qu'ici ! On se sentait chez nous, pas du tout dépaysés... Mais au final... on a adoré quand même (ambiance, gentillesse des Irlandais...) et on se dit que - s'il vient trop de monde en Bretagne - on pourra toujours filer en Irlande !

Nous avons pris deux vols, loué une voiture sur place et réservé des chambres d'hôtels. Pas facile de choisir un itinéraire ; huit jours ça passe vite et il faut veiller à ne pas faire trop de kilomètres, mieux vaut privilégier la visite que la route. Nous avons une boucle sud : depuis Dublin, direction Galway, de l'autre côté, sur l'Atlantique, puis retour vers Dublin en passant par les villes du sud.

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Première étape donc : Athlone, une petite ville, juste au milieu de notre parcours du jour, idéale pour déjeuner et aller visiter en début d'après-mdi le site de Clonmacnoise. Athlone, c'est tout petit, mais le mini centre ville nous donne un avant-goût de tous ces villages irlandais si charmants avec leurs maisons aux couleurs pastel assorties !

Ensuite direction le monastère de Clonmacnoise... où hélas il pleut des hallebardes et nous n'avons pas vraiment pu visiter. Nous avons néanmoins courageusement enfilé nos parkas, relevé les capuches et arpenté un peu les endroits les plus intéressants avant de rentrer au chaud dans la voiture. Le monastère de Clonmacnoise, dit "des sept églises", a été fondé vers 544 par saint Ciarán, où un rêve l'a mené dans le but d'ériger une église. Accompagné de huit compagnons, il arrive sur le site et commence la construction. L'histoire veut que Ciarán ayant rencontré Diarmait mac Cerbaill, un des hauts-rois d'Irlande, le bénit et lui prédit son accession au trône. Devenu Ard rí, Diarmait offre à Ciarán des terres pour agrandir son domaine.

Le monastère devient pour un temps le site religieux le plus prestigieux d’Irlande. Son cimetière est supposé contenir les tombes d'au moins sept rois. C’est également un centre de savoir. La richesse du monastère attire la convoitise des rois irlandais, des Anglo-normands et des Vikings qui le pillent et l’incendient à de nombreuses reprises entre 841 et 1204. Le déclin de la fréquentation de la route bordant Clonmacnoise au profit de celle passant par Athlone vers le XIIe siècle marque le début du déclin du site. En 1552, la garnison anglaise d’Athlone met le monastère à sac. On visite désormais des ruines, et un petit musée (où l'on voit entre autres de très belles croix celtiques).

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Nous arrivons en fin d'après-midi à Galway mais il pleut toujours... Dépités, nous allons directement à l'hôtel et nous y restons pour dîner !

Le lendemain, départ pour le Connemara, au nord de Galway. Sur la route, nous commençons par aller voir le château d'Aughnanure, une maison-tour (sorte de château fort, même période, même utilité, mais beaucoup plus petit), passablement en ruine, mais c'est intéressant à voir et à connaître car ce type d'habitat n'existe guère qu'en Irlande, Ecosse et Italie. Encore une balade sous la pluie... Bon, c'est pas comme si on n'avait pas été prévenus ! D'ailleurs, nous avons emporté pulls et parkas... et nous en sommes bien contents. C'est à peine assez chaud.

Nous entrons ensuite dans la célèbre région du Connemara où j'ai la surprise de ma vie. Très bêtement, ce nom était associé pour moi aux verts pâturages, aux moutons à tête noire, et aux murets de pierres, comme dans les publicités touristiques. Et là, je ne vois... que du caillou, des champs de cailloux. Et là, mon mari me dit : "Ben... rappelle-toi les paroles de la chanson de Sardou : terre brûlée, au vent, les landes de pierre ; autour des lacs c'est un peu d'enfer pour les vivants, le Connemara..." Exact. C'est tout à fait ça qui est sous mes yeux ! Pourquoi donc ai-je fait cet amalgame ? Mais le soleil enfin se montre ; il fait un froid de canard, mais les nuages qui passent et font de l'ombre et de la lumière sur ces paysages sauvages, austères et tourmentés... c'est étrange ; on se croirait un peu sur une autre planète...

Ici tout est écrit en irlandais (alors qu'ailleurs les panneaux sont bilingues), sans GPS c'est sûrement compliqué ! Heureusement on a pris l'option ! Sur les routes, minuscules, nous croisons souvent des moutons, qui ont pour habitude de rester en plein milieu et de vous fixer, genre "Non, mais vous faites quoi là ? Circulez y a rien à voir !". Très amusant. Les moutons sont rois. Et c'est très bien comme ça.

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Elevage de moutons, exploitation de la tourbe, voilà les deux activités du Connemara. Avec le tourisme, qui aujourd'hui doit être le bienvenu. Là-bas, on dit que même les pommes de terre ne poussent pas ; les gens cherchaient à partir et nombre d'Américains viennent de là. Les Anglais envoyaient les Irlandais rebelles à leur autorité dans le Connemara... en guise de punition.

Le village de Clifden nous accueille. Un bon chocolat chaud pour se réchauffer. Et je m'achète un bonnet irlandais, j'ai vraiment très froid !  

Retour à Galway. Nous profitons de l'éclaircie pour faire un tour dans le centre. C'est sympathique, avec les incontournables vieux "bars" (car en Irlande, on ne dit pas pub mais bar) et boutiques aux couleurs flashy, ornés de fleurs, mais c'est vraiment petit, il n'y pas énormément de choses à voir, à part une belle cathédrale de pierre. Pendant le Moyen Âge, la ville était gouvernée par une oligarchie de quatorze familles de commerçants (douze d’origine anglo-normande et deux d’origine irlandaise), les Tribus de Galway. La ville a prospéré et son port faisait du commerce avec l’Espagne et la France.

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Le lendemain, nous partons pour la région du Burren qui elle aussi est assez caillouteuse. D'ailleurs Burren vient de l'irlandais An Bhoireann, littéralement « le pays pierreux ») ! Curieusement, là où la roche laisse pousser la végétation, on trouve côte à côte des espèces végétales méditerranéennes et alpines. La fleur symbole des Burren est d’ailleurs la gentiane bleue, une plante que l’on trouve généralement dans les Alpes... Le Burren est riche en sites archéologiques. On y trouve de nombreux sites mégalithiques, comme le dolmen de Poulnabrone, et de très anciens forts tels que celui de Cahercommaun bâti au IXe siècle sur trois anneaux concentriques. En ce qui nous concerne, nous allons voir le dolmen... qui s'avère tout petit. Il pleut et il fait 4° ! Au village suivant, je cours m'acheter une écharpe en plus du bonnet.

En descendant la côte vers les falaises de Moher et là (ce sera l'unique endroit au cours de notre périple), nous voyons enfin ces fameux prés verdoyants, avec moutons et petits murets !  

Les falaises de Moher sont magnifiques et s’élèvent jusqu’à 214 m au-dessus de l’océan sur une longueur de 8 km. La tour O'Brien, construite en 1835 par Sir Cornelius O'Brien pour offrir un point d’observation aux touristes qui venaient déjà sur le site à cette époque, permet, par temps clair, de voir les îles d'Aran et la baie de Galway. C'est le site naturel le plus visité du pays ; les falaises de Moher fascinent par leur beauté et leurs pentes vertigineuses. Ces masses de calcaire et de schiste érodées par le vent et l'océan, souvent déchaînés près de ces côtes, sont piétinées par plus d'un million de touristes par an, ce qui n'est pas sans conséquences sur la nature sauvage... Depuis 2008, cet espace est protégé afin de préserver la faune, principalement constituée d'oiseaux marins. La présence de l'homme s'est matérialisée par l'édification de nombreuses cloisons ou murets de pierre qui séparent, au détriment de la vue, le flot de touristes du paysage marin, mais on ne va pas s'en plaindre !

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Le jour suivant, nous visitons le château de Bunratty, où nous passons un très bon moment, d'autant que le soleil fait de belles apparitions. Construit en 1425, d'architecture normande, il tire son nom de la rivière Ratty qui le longe. En 1954 le château a été acheté et entièrement restauré par le 7e Seigneur de Gort. Il a également réaménagé l'intérieur en chinant partout dans le monde des objets du XVe siècle. Passionnant.

Juste à côté du château, un parc thématique constitue une attraction très sympa. C'est un village paysan reconstitué, avec ses rues du XIXe siècle : école, pub, boutiques, église, le tout ouvert à la visite. On y trouve aussi huit fermes (avec un feu de tourbe dans la cheminée), deux moulins à eau dont l'un à roue verticale et l'autre à roue horizontale, une forge, divers éléments de matériel agricole et animaux vivants. Un très agréable voyage dans le passé.

Nous terminons notre journée à Limerick, une sympathique petite ville, fondée par les Vikings en 812. La ville fut ensuite prise par un roi irlandais, puis par les Normands qui y ont construit le château du roi Jean (King John's castle).

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Château de Bunratty

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Château du roi Jean, Limerick

Une autre journée commence. La pluie est de retour, hélas. Nous ferons le Rock of Cashel emmitouflés dans nos parkas. Sites historique majeur de l'Irlande, c'est aussi un des principaux sites d’art celtique et d’architecture médiévale d’Europe. Du IVe siècle à l’année 1101, cet éperon calcaire haut de 60 mètres, au milieu d'une prairie, les rois de Munster ont établi leur château. Saint Patrick, visitant les lieux en l'an 450, y baptise le roi Aengus et ses frères. Depuis l'an 1101, le rocher est entre les mains de l'autorité ecclésiastique. En 1172, au synode de Cashel, Henri II d'Angleterre force l'Irlande à se soumettre exclusivement à l'autorité de l'Église catholique romaine et met fin aux pratiques d'un christianisme celtique. 

La chapelle du Roi Cormac, dont la construction a débuté en 1127, est l'édifice le plus remarquable du site. L'abbé de Ratisbonne avait envoyé deux charpentiers pour aider à la construction. Les deux tours jumelles, de chaque côté de la jonction entre la nef et jubé suggèrent cette influence germanique et cette configuration ne se retrouve nulle part ailleurs en Irlande. On y trouve également l'une des fresques irlandaises les mieux conservées de cette période, malgré les dégradations dues à l'humidité.

La totalité du plateau, au sommet du rocher, est entourée de murs. Entre les bâtiments s'étend un vaste cimetière, parsemé de hautes croix. 

En 1647, durant les guerres confédérées irlandaises, Cashel est mise à sac et les troupes confédérées y sont massacrées, ainsi que le clergé catholique romain. La croix de Scully construite en 1867 pour commémorer la famille Scully, en était la plus haute et l'une des plus célèbres. Elle a été foudroyée en 1976, et ses restes gisent auprès des murs.

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Petite étape à Kilkenny. Quelques ruelles et maisons médiévales ainsi que deux cathédrales, une anglicane et une catholique, et une « abbaye noire » et son château, ancienne résidence de la famille de Butler d'Ormonde. C'est également à Kilkenny qu'est brassée la bière du même nom par la plus ancienne brasserie d'Irlande, Smithwick's, installée sur le site de l'abbaye Saint-Francis. Un musée, le Smithwick's Experience, est consacré à la marque.

Et pour finir Dublin, que nous avons adorée ! Ville charmante, accueillante (d'ailleurs partout les Irlandais sont adorables, il faut le répéter encore et encore), fleurie sous le ciel gris, ni trop petite, ni trop grande, avec son lot de souvenirs historiques, de belles maisons et de quartiers plus modestes.

Nous visitons Trinity College, fondée en 1592 par la reine Élisabeth Iere ! Certains bâtiments du campus sont clairement du XVIe. J'adore ! Conçue sur le modèle des universités d'Oxford et Cambridge, l'université n'accepte pendant longtemps que des étudiants masculins, protestants et anglophones, mais est aujourd'hui une université pluriculturelle. Pour cette raison, les Irlandais attachés à leur tradition catholiques et à la langue irlandaise ont créé, parallèlement, l'University College Dublin.

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Première université irlandaise par son ancienneté et par son importance, elle fait partie des anciennes universités du Royaume-Uni et de l'Irlande. Prestigieuse, elle est reconnue mondialement pour ses programmes en sciences sociales et se voit régulièrement classée dans les 100 meilleures universités du monde dans ce domaine.

La bibliothèque du Trinity College est extrêmement célèbre par son fonds ancien, en particulier par ses manuscrits médiévaux où ont été recueillis toute l'ancienne littérature irlandaise. Le plus célèbre d'entre eux, le livre de Kells... est impossible à voir tant il y a de monde autour de la vitrine ! Dommage. Le Livre de Kells, également connu sous le nom de Grand Évangéliaire de saint Colomba, est un manuscrit illustré de motifs ornementaux et réalisé par des moines de culture celtique aux alentours de l'année 800. Considéré comme un chef-d'œuvre du christianisme irlandais et de l'art irlando-saxon, il constitue malgré son inachèvement l'un des plus somptueux manuscrits enluminés ayant pu survivre à l'époque du Moyen Âge. En raison de sa grande beauté et de l'excellente technique de sa finition, le manuscrit est considéré par beaucoup de spécialistes comme l'un des plus remarquables vestiges de l'art religieux médiéval. Rédigé en langue latine, le Livre de Kells contient les quatre Évangiles du Nouveau Testament ainsi que des notes liminaires et explicatives, l’ensemble étant accompagné de nombreuses illustrations et enluminures colorées.  

Lorsque nous repartons, un groupe de chanteurs chantent en chorale des airs irlandais sous le porche d'entrée. Génial !

La Cathédrale Saint-Patrick, siège du culte anglican de l'église d'Irlande et notamment du diocèse de Dublin et Glendalough, s'élève dans les quartiers sud de la vieille ville. L'édifice se situe à la source, où le saint patron baptisait ses fidèles. Cependant, elle a été entièrement reconstruite, il ne reste donc rien des bâtiments d’origine. Les origines de la cathédrale remontent au Ve siècle. Les Normands la remplacent par une construction en pierre en 1191 et le bâtiment que l'on voit aujourd'hui date du XIIIe siècle excepté la tour ouest reconstruite par l'archevêque Minot en 1370 à la suite d'un incendie, ainsi que la flèche qui date de 1749.  

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Cathédrale Saint-Patrick

La cathédrale Christ Church ou cathédrale de la Sainte-Trinité est également anglicane. Elle est la plus ancienne des deux cathédrales de la ville ; l’Église catholique romaine ne possède dans cette ville qu’une pro-cathédrale... À l’extrémité ouest de la cathédrale se trouve un pont de pierre couvert qui conduit à l’ancienne salle du Synode, construite sur le site de l’ancienne église Saint-Michel, démolie par George Edmund Street lors de sa restauration de la cathédrale. Cette salle du Synode, qui intègre la tour de l’ancienne église, a été autrefois utilisée pour héberger le General Synods et le conseil diocésain de Dublin, Glendalough et Kildare. On y voit aujourd'hui des expositions.

Visite du mythique quartier de Temple Bar ! Il doit son nom à William Temple (1628-1699), recteur de Trinity College. C'est un quartier très touristique, connu en particulier pour sa vie nocturne. Il est formé de petites rues, souvent piétonnes, où abondent les restaurants, bars et petites boutiques, aux devantures peintes en couleurs vives et ornées de fleurs à profusion. On y trouve des artistes musiciens dans la rue ou dans des bars.  

Nous terminons notre journée à Dublin par la visite de la distillerie de whiskey Jameson, sorte de passage obligé ! C'est très intéressant et on nous explique les différences entre le whisky écossais, le whiskey irlandais et le whisky (bourbon) américain, avec dégustation à l'appui.

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Temple Bar

Le lendemain matin, éclaircie ! Ca tombe plutôt bien car nous avions programmé la visite du Parc botanique, très beau. Je remarque une petite fille habillée comme une mariée : robe longue blanche, voile, gants blancs, bouquet de fleurs. Puis une autre. Puis encore une autre ! Je vois alors les familles, endimanchées et des petits garçons en costume trois pièces gris. Je pose quelques questions qui me confirment ce que j'avais cru deviner : c'est jour de "petite communion". Et là-bas, on ne rigole pas avec ça. Un couple de jumeaux, le frère et la soeur, sont si adorables que je demande aux parents si je peux les photographie. Permission accordée. 

Nous sommes très heureux de notre voyage, même si, comme je l'expliquais plus haut, nous ne nous sommes quasiment jamais sentis dépaysés. Mais l'atmosphère est très chaleureuse, les Irlandais sont sans doute les gens les plus gentils que nous ayons trouvés lors de nos voyages. Souriants. Bienveillants. Mais juste comme il faut. Pas "envahissants". Il faudrait y retourner pour faire le nord de l'île, et puis aussi la côte sud... 

Le beau temps nous a manqué, évidemment, mais la lumière est changeante, il y a souvent un coup de soleil qui éclaire votre journée, il ne faut jamais désespérer. 

Le petit déjeuner irlandais est ENORME et comprend notamment un plat de fayots et saucisse ! Incroyable. Moi je n'en voulais pas, alors on me servait mon thé et mes toasts avec des yeux écarquillés et les serveurs revenaient me voir en me demandant tout le temps "Are you sure you don't want anything else ?" Mon mari lui s'est fait sans problème les haricots/saucisse du matin !

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Par contre moi j'adorais, dans les bars, manger des bangers and mash : des saucisses (encore) avec de l'écrasée de pommes de terre et une sauce brune. Délicious.